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Alternatives au glyphosate pour le nettoyage des parcelles reverdies avant semis de la culture suivante


Synthèse


Actualité publiée le : 03/12/2018 Source : Arvalis - Terres Inovia - ACTA - APCA / Auteur : Jérôme Labreuche, Ludovic Bonin, Lise Gautellier Vizioz, Fanny Vuillemin Geco : Réaliser un travail du sol superficiel après la récolte Geco : - Répartir les labours dans la rotation Geco :

          Le glyphosate permettait de détruire les adventices (voire les couverts) avant semis de la culture suivante sans retoucher le sol. Or, en l’absence de cet herbicide total, il faut revenir à du travail du sol pour détruire les adventices présentes (voire les couverts). Ce travail du sol, avec ou sans retournement, interfère avec la préparation du sol pour le semis de la culture. Il peut, selon les cas, nécessiter un ou plusieurs passages d’outils supplémentaires par rapport à l’itinéraire technique avec glyphosate, ou la modification de la séquence temporelle des interventions, avec positionnement de la dernière intervention peu de temps avant le semis (voire au moment du semis avec un outil de travail du sol et semis combiné). Le plus souvent, le remplacement du glyphosate obligera plusieurs passages mécaniques, en particulier sur des couverts développés, des reverdissements de labour ou encore des levées précoces. En effet, la structure du sol générée par les passages mécaniques oblige le plus souvent à réintervenir pour préparer le lit de semences. Au printemps, période souvent humide, les fenêtres d’intervention peuvent être réduites certaines années. Il faut veiller à ce que ce travail du sol ne dégrade pas la structure du sol (particulièrement en sols argileux pour lesquels le gel-dégel de l’hiver permet une bonne structure du lit de semences pour l’implantation du tournesol), ni un dessèchement du profil, sinon la qualité d’implantation de la culture (et donc la qualité du peuplement, et donc le rendement) serait impactée. L’objectif semer sur un sol propre reste néanmoins primordial (et avoir un rendement correct !).

Bien connu, le labour peut répondre à cette problématique car il permet d’enfouir les végétaux et les graines de la couche superficielle du sol. Le labour fait l’objet d’une fiche technique GECO « Labourer et répartir les labours dans la rotation ».

Attention, le labour peut aussi faire ressortir en surface des graines d’adventices conservées dans le sol. Ces adventices peuvent alors germer sur le labour (labours d’hiver reverdis les hivers doux). Le labour peut aussi parfois avoir mal enfoui des couverts ou adventices à détruire. La reprise de labour en vue de préparer le lit de semences de la culture peut être un moyen également de détruire mécaniquement ces adventices. Le fort dénivellement d’un sol labouré permet en général de très bonnes destructions des adventices, notamment les relevées après le labour. Il faut cependant être vigilant avec ces préparations à rester cohérent avec les objectifs d’installation des cultures : veiller à ne pas dessécher le lit de semences, limiter la création de terre excessivement fine en sol limoneux ou en pente, éviter de créer ou remonter des mottes... En sol argileux, il est recommandé de labourer en entrée hiver, afin de laisser l’alternance gel-dégel structurer le sol. Ne pas labourer en situation trop humide, pour éviter les risques de lissage et de formation de semelle ; et ne pas labourer sur un sol trop sec pour ne pas remonter des mottes difficilement destructibles.

Enfin, le coût du chantier calculé dans le Coût des Opérations Culturales 2018 des Matériels Agricoles varie entre 62€/ha et 116€/ha pour les charrues simples, main d'oeuvre (MO) comprise, et varie entre 44€/ha (charrue 12 corps) et 125€/ha (charrue 2 corps) MO comprise pour les charrues réversibles.

          En situation non labourée, la destruction des adventices est plus délicate. Elle dépend des outils utilisés, des adventices (espèce et stade) et des conditions climatiques. Ce sont notamment les graminées développées (stades début tallage à mi-montaison) qui sont les plus difficiles à détruire, notamment en période hivernale (faible évapo-transpiration). Ces destructions sont ainsi assez aisées en été ou fin de printemps mais complexes d’octobre à mars (à nuancer selon la région et l’année). Sur adventices développées en période humide, seul un travail sans labour mais profond qui mélange intensément les couches de sol (cultivateur) aura une efficacité acceptable. Un scalpage avec un outil type vibroflex équipé d’ailettes est également envisageable ; il permet un travail pas trop profond (8-10 cm) qui détruira également les adventices (voire les couverts). En effet, il travaille toute la surface alors que ce n’est pas le cas d’une dent simple de vibroflex par exemple qui va juste destructurer et déplacer mais pas déraciner. Il faut en tout cas veiller à rester cohérent avec les objectifs d’installation des cultures : veiller à ne pas dessécher le lit de semences, limiter la création de terre excessivement fine en sol limoneux ou en pente, éviter de créer ou remonter des mottes, ne pas travailler sur sol humide pour ne pas lisser…

Notons aussi que la destruction mécanique des adventices dépend à la fois de leur type d’enracinement et de la période de destruction : en août, le sec et le vent faciliteront la destruction tandis qu’en hiver ou printemps, les graminées seront plus difficiles à réduire en raison de l’humidité et de leur système racinaire fasciculé qui reste accroché à une motte de terre, favorisant leur repiquage.

Dans tous les cas, un minimum de terre fine avant semis est indispensable pour le contact terre-graine afin de réussir le semis et la levée de la culture, en particulier du tournesol qui est assez exigeant vis-à-vis de l’enracinement et donc de la qualité de préparation du lit de semences.

          Pour les alternatives à la destruction des faux-semis ou des adventices et repousses en général, le recours au désherbage mécanique est privilégié. La destruction mécanique peut se faire grâce aux outils de types vibrodéchaumeur, cultivateurs à dents et à disques. L'article réussir machinisme Choisir entre 7 types de déchaumeurs présente les caractéristiques et les fonctions agronomiques de ces outils. En complément, l'article Arvalis-Institut du végétal Le déchaumage : une opération pour gérer l'interculture présente plus précisément cette technique.

Au printemps (ou sortie hiver) dans une interculture longue, pour la destruction des petites levées générées par les faux-semis, on peut envisager des outils comme herse étrille (sauf en présence d’une croûte de battance), herse plate ou vibroculteur à dents droites type Germinator.

Consultez la fiche technique GECO « Réaliser un travail superficiel du sol après la récolte »

 

Tableau de classification des outils pour réaliser des faux-semis et des destructions d'adventices. Ces données ont été obtenues en période séchante sur des repousses de blés développées. Source : Arvalis-Institut du végétal

 

Coûts des opérations selon le référentiel Coûts des Opérations Culturales 2018 des Matériels Agricoles :

Le passage de herse varie de 16,5€/ha à 26€/ha, MO comprise.

Le passage de déchaumeurs varie de 33€/ha à 42€/ha pour les combinées bêches roulantes + disques + roulleaux, MO comprise ; de 22€/ha à 34€/ha pour les déchaumeurs avec ou sans disques, MO comprise ; et de 6.5€/ha à 7.5€/ha pour les déchaumeurs à disques et dents souples.

 

Situations pédo-climatiques limitantes pour lesquelles le travail du sol est problématique :

  • Sols argileux

 

En sol argileux le travail du sol (labour ou décompacteur par exemple) est réalisé plutôt durant l’automne en interculture longue, dans le but de bénéficier de bonnes conditions hydriques du sol et des alternances gel-dégel et humectation-dessication qui suivront pendant l’hiver (celles-ci permettent en effet une bonne structuration du sol). Pour détruire les adventices développées qui ont passé l’hiver par exemple, ou les jeunes levées printanières, une intervention chimique permet de préserver cette bonne structure du sol et offre plus de souplesse en termes de créneaux d’intervention. Or, un travail du sol tardif, en remplacement de l’intervention chimique, réalisé dans les conditions humides du printemps, risque ainsi de casser cette structuration du sol et d’endommager la qualité du lit de semences pour la culture de printemps. En effet, au printemps les créneaux d’intervention mécanique peuvent être très peu nombreux si les conditions sont encore très humides et les risques de lissage du sol sont importants. Donc certaines années on peut se retrouver dans des impasses techniques. La destruction mécanique d’un couvert au printemps par exemple peut ne pas être complète et les résidus vont gêner la levée de la culture suivante. La dégradation du futur lit de semences en sol argileux pénalisera l’enracinement de la culture et donc son rendement. C’est pourquoi, en sols argileux, il vaut mieux envisager un travail du sol (voire une destruction du couvert) précoce ; en particulier lorsqu’un tournesol est prévu. Dès que les adventices commencent à être développées et que l’état du sol permet une intervention, saisir l’opportunité des créneaux utilisables ; en effet, plus on intervient tôt (et dans des conditions correctes) sur des plantes jeunes et mieux on les détruit.

  • Sols superficiels & caillouteux

 

Le travail du sol est difficilement envisageable sur ces types de sol, ou alors il est superficiel ou encore les cailloux usent les pièces des outils. S’il est très superficiel, le travail du sol n’aura pas beaucoup d’intérêt.

  • Sols hydromorphes ou climats humides en sortie hiver et printemps

 

Dans ces situations, il est difficile de réaliser des interventions de travail du sol avant le semis d’une culture de printemps dans le but de détruire les adventices (voire le couvert) présentes sur la parcelle car les conditions hydriques du sol ne permettent pas les interventions mécaniques. Ainsi, certaines années pluvieuses, il n’est pas possible d’intervenir, obligeant à semer sur un sol non propre. Lorsqu’il y a une croûte de battance, intervenir le plus tard possible. La houe rotative pour éliminer les jeunes levées des faux-semis et écroûter sera très utile dans les situations avec croûte de battance.

  • Sols en pente avec fort risque d’érosion

 

Dans ces situations, les interventions mécaniques sont à limiter le plus possible pour éviter l’érosion des parcelles. L’intervention chimique offre alors des solutions plus adaptées aux contraintes.

Un couvert peut permettre de « tenir » le sol ; pour sa destruction il peut être roulé quelques jours avant le semis et un passage d’outil superficiel sera nécessaire, en privilégiant la herse rotative pour éviter les risques de bourrage et l’effet « rateau ». Le semis peut ensuite avoir lieu sur un sol encombré certes mais avec des résidus hachés et répartis de façon à ne pas nuire à la qualité de positionnement de la graine. Un semoir de semis direct ou un strip-till (sol limoneux) permettent alors d’être sûr de semer la graine dans le sol et non dans les résidus eux-mêmes. Ce passage d’herse rotative peut également servir à détruire les jeunes adventices. La destruction des couverts sans glyphosate fait l'objet d'une synthèse sur ce centre de ressources.

S’il n’y a pas de couvert sur ces sols en pente, un travail en travers est conseillé lorsque c’est possible. Il faut aussi éviter de faire de la terre fine pour limiter l’érosion.

En conclusion

Le travail du sol, s’il est un levier majeur de substitution du glyphosate, n’est pas applicable dans tous les cas, par exemple les situations citées ci-dessus. Il nécessite souvent plusieurs passages pour à la fois semer sur un sol propre et soigner la préparation du lit de semences. Cela entraine donc une augmentation des charges de mécanisation, du temps de travail, de l’utilisation du carburant et du rejet des gaz à effet de serre. Par ailleurs, le travail du sol a une efficacité plus aléatoire. De plus, des espèces préoccupantes comme l’ambroisie ou le chardon présentent des risques pour la viabilité de la culture (concurrence élevée qui entame le rendement), mais également pour la durabilité de la parcelle (stock grainier ou vivaces pénalisant les années futures) alors leur maîtrise reste capitale.

On peut aussi envisager une reconception globale du système de culture (rotations, couverts, nouveaux matériels de travail du sol…).